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mardi 15 avril 2008

L'amour et la mort, Louise Ackermann (1813-1890)

Un poème, puisque je n'en mets pas souvent ici, et puis je vais en remettre un autre juste après...


L'amour et la mort

(A M. Louis de Ronchaud)

I

Regardez-les passer, ces couples éphémères !
Dans les bras l'un de l'autre enlacés un moment,
Tous, avant de mêler à jamais leurs poussières,
Font le même serment :

Toujours ! Un mot hardi que les cieux qui vieillissent
Avec étonnement entendent prononcer,
Et qu'osent répéter des lèvres qui pâlissent
Et qui vont se glacer.

Vous qui vivez si peu, pourquoi cette promesse
Qu'un élan d'espérance arrache à votre coeur,
Vain défi qu'au néant vous jetez, dans l'ivresse
D'un instant de bonheur ?

Amants, autour de vous une voix inflexible
Crie à tout ce qui naît : "Aime et meurs ici-bas ! "
La mort est implacable et le ciel insensible ;
Vous n'échapperez pas.

Eh bien ! puisqu'il le faut, sans trouble et sans murmure,
Forts de ce même amour dont vous vous enivrez
Et perdus dans le sein de l'immense Nature,
Aimez donc, et mourez !

II

Non, non, tout n'est pas dit, vers la beauté fragile
Quand un charme invincible emporte le désir,
Sous le feu d'un baiser quand notre pauvre argile
A frémi de plaisir.

Notre serment sacré part d'une âme immortelle ;
C'est elle qui s'émeut quand frissonne le corps ;
Nous entendons sa voix et le bruit de son aile
Jusque dans nos transports.

Nous le répétons donc, ce mot qui fait d'envie
Pâlir au firmament les astres radieux,
Ce mot qui joint les coeurs et devient, dès la vie,
Leur lien pour les cieux.

Dans le ravissement d'une éternelle étreinte
Ils passent entraînés, ces couples amoureux,
Et ne s'arrêtent pas pour jeter avec crainte
Un regard autour d'eux.

Ils demeurent sereins quand tout s'écroule et tombe ;
Leur espoir est leur joie et leur appui divin ;
Ils ne trébuchent point lorsque contre une tombe
Leur pied heurte en chemin.

Toi-même, quand tes bois abritent leur délire,
Quand tu couvres de fleurs et d'ombre leurs sentiers,
Nature, toi leur mère, aurais-tu ce sourire
S'ils mouraient tout entiers ?

Sous le voile léger de la beauté mortelle
Trouver l'âme qu'on cherche et qui pour nous éclôt,
Le temps de l'entrevoir, de s'écrier : " C'est Elle ! "
Et la perdre aussitôt,

Et la perdre à jamais ! Cette seule pensée
Change en spectre à nos yeux l'image de l'amour.
Quoi ! ces voeux infinis, cette ardeur insensée
Pour un être d'un jour !

Et toi, serais-tu donc à ce point sans entrailles,
Grand Dieu qui dois d'en haut tout entendre et tout voir,
Que tant d'adieux navrants et tant de funérailles
Ne puissent t'émouvoir,

Qu'à cette tombe obscure où tu nous fais descendre
Tu dises : " Garde-les, leurs cris sont superflus.
Amèrement en vain l'on pleure sur leur cendre ;
Tu ne les rendras plus ! "

Mais non ! Dieu qu'on dit bon, tu permets qu'on espère ;
Unir pour séparer, ce n'est point ton dessein.
Tout ce qui s'est aimé, fût-ce un jour, sur la terre,
Va s'aimer dans ton sein.

III

Eternité de l'homme, illusion ! chimère !
Mensonge de l'amour et de l'orgueil humain !
Il n'a point eu d'hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !

Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos coeurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.

Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires
Seuls au Pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.

Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
" J'aime, et j'espère voir expirer tes flambeaux. "
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.

Vous croyez que l'amour dont l'âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
"Nous aussi nous aimons !"

Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible :
Que lui font vos bonheurs ?

Elle n'a qu'un désir, la marâtre immortelle,
C'est d'enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l'éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.

Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son voeu s'est accompli.

Quand un souffle d'amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus ;

Quand, pressant sur ce coeur qui va bientôt s'éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L'Infini dans vos bras ;

Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d'ardents essaims,
Ces transports, c'est déjà l'Humanité future
Qui s'agite en vos seins.

Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu'ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un coeur.

Mais d'autres coeurs naîtront qui renoueront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme,
Dans les âges lointains.

Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l'amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle
Et la rend à son tour.

Aveuglés par l'éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours : à votre main mourante
Elle échappe déjà.

Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l'abîme
Votre éblouissement.

Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son oeil éternel considère, impassible,
Le naître et le mourir,

Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu'un mouvement d'amour soit encor votre adieu !
Oui, faites voir combien l'homme est grand lorsqu'il aime,
Et pardonnez à Dieu !

Nul amour ne meurt s'il vit

mercredi 13 février 2008

Lupercales et saint machin



Demain, c'est la saint-machin qui nous rappelle à quel point nous autres en mi-couple sommes des gens anormaux.

Je ne reviendrais pas sur la vie de prêtre de l'idole commerciale des amoureux d'occasions, qui évidemment en savait long sur le sujet, mais sur les lupercales oubliées. Et aussi je ne peux pas résister à l'envie de souligner la confusion de notre époque où un prêtre catholique romain devient le symbole du Couple, où ce soldat de Dieu est symbolisé par un dieu païen, Cupidon/Eros et ou même l'amour est devenu un produit de consommation (voir article sur meetic de la semaine dernière).

Donc voilà, un article largement critiquable, mais notez le style d'écriture pour faire jeune branchouille radionovesque que je trouve hilarant :


La Saint-Valentin n'a pas toujours été une affaire de fric. Au départ, un jeune prêtre courageux, sous l'empire romain.

Valentin était un jeune prêtre chrétien sous l'empire romain. Un clandestin, en ces temps de persécutions : les chrétiens, c'était l'underground de l'époque. Sa spécialité : il bénissait les fiancés qui se mariaient. Repéré, Valentin fut arrêté et décapité sous l'empereur Aurélien vers 270. 0n ignore l'année exacte de sa mort mais on en connaît le jour précis : un 14 février, veille d'une teuf très appréciée des jeunes Romains, la fête des Lupercales.


Les Lupercales se donnaient le premier jour du printemps en l'honneur de Lupercus, dieu de la fécondité, des troupeaux et des bergers. Pour fêter ça, les Romains organisaient la loterie de l'amour. Filles et garçons s'inscrivaient, on tirait les noms et on se mettait en couple pour un an jusqu'aux prochaines Lupercales.

Suivait un autre rituel, légèrement machiste : la "course des Luperques". Un petit marathon mixte autour du Mont Palatin, où les hommes fouettaient les femmes avec des lanières découpées dans les peaux des boeufs sacrifiés. Pas pour leur faire mal, mais pour leur apporter la fertilité et un accouchement sans douleur.

Le christianisme mit fin à ces horreurs. En 496, Gélase 1er, 48ème pape, interdit les Lupercales. Pour les remplacer, et perpétuer la mémoire de Valentin, Gélase le décréta patron des amoureux et avança la fête d'un jour, au 14 février. Le jour où on lui avait coupé la tête pendant que les jeunes de Rome préparaient les orgies du lendemain.

Puis la Saint-Valentin périclite et tombe dans l’oubli. Trop proche du Mardi-Gras. Elle a ressuscité, on sait exactement quand : le 14 février 1965, avec le premier tirage Spécial Saint-Valentin de la Loterie Nationale. Depuis le rite a repris, et c’est désormais une affaire de fric. Voir tous les spams sur le sujet qu’on reçoit dans son mail, les pubs dans les journaux et le métro, etc.

Il faudrait inventer du neuf sinon ça va lasser. Question : la Française des Jeux doit-elle relancer les Lupercales? Une loterie du couple, ou même du coup. Bien qu’en matière de tirage, on risque toujours de tomber sur un mauvais numéro.